Marika Machitidze

Marika Machitidze : Marika Machitidze - Chanson Perpétuelle, Op.37 by Ernest Chausson

Marika Machitidze - Vocal
Tsintstadze National String Quartet
Marina Metreveli - Piano

Chanson perpétuelle

Bois frissonnants, ciel étoilé,
Mon bien-aimé s'en est allé,
Emportant mon cœur désolé!

Vents, que vos plaintives rumeurs,
Que vos chants, rossignols charmeurs,
Aillent lui dire que je meurs!

Le premier soir qu'il vint ici
Mon âme fut à sa merci.
De fierté je n'eus plus souci.

Mes regards étaient pleins d'aveux.
Il me prit dans ses bras nerveux
Et me baisa près des cheveux.

J'en eus un grand frémissement;
Et puis, je ne sais plus comment
Il est devenu mon amant.

Et, bien qu'il me fût inconnu,
Je l'ai pressé sur mon sein nu
Quand dans ma chambre il est venu.

Je lui disais: « Tu m'aimeras
Aussi longtemps que tu pourras! »
Je ne dormais bien qu'en ses bras.

Mais lui, sentant son cœur éteint,
S'en est allé l'autre matin,
Sans moi, dans un pays lointain.

Puisque je n'ai plus mon ami,
Je mourrai dans l'étang, parmi
Les fleurs, sous le flot endormi.

Au bruit du feuillage et des eaux,
Je dirai ma peine aux oiseaux
Et j'écarterai les roseaux.

11 Sur le bord arrêtée, au vent
Je dirai son nom, en rêvant
Que là je l'attendis souvent.

Et comme en un linceul doré,
Dans mes cheveux défaits, au gré
Du [flot]1 je m'abandonnerai.

Les bonheurs passés verseront
Leur douce lueur sur mon front;
Et les joncs verts m'enlaceront.

Et mon sein croira, frémissant
Sous l'enlacement caressant,
Subir l'étreinte de l'absent.

Que mon dernier souffle, emporté
Dans les parfums du vent d'été,
Soit un soupir de volupté!

Qu'il vole, papillon charmé
Par l'attrait des roses de mai,
Sur les lèvres du bien-aimé!


Trembling trees, starry sky

Trembling trees, starry sky
My beloved has gone away
Bearing with him my desolate heart.

Winds, let your plaintive noises
Let your songs, charming nightingales,
Tell him that I die.

The first night he came here,
My soul was at his mercy;
I no longer cared about my pride.

My glances were full of promise.
He took me into his trembling arms
And kissed me near the hair.

I felt a great quivering.
And then, I don't know how
He became my lover.

I said to him: "You will love me
As long as you are able."
I never slept as well as in his arms.

But he, feeling his heart fade,
Left the other day
Without me, for a foreign land.

Since I no longer have my friend,
I will die in this pool, among
The flowers under the sleeping current.

Arriving on the shoreline,
I will speak his name to the wind,
In a dream that I await him there.

And like in a gilded shroud
With hair tousled at the wind's whim,
I will let myself go.

The happy hours of the past
will glimmer on my face,
And the green reeds will entrap me.

And my breast, shuddering under the caress
of their entwinement,
will believe it submits to the embrace of the one who left.